· Point étymo

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👉 Le travail désigne à l'origine... un instrument de torture ! Le tripalium - littéralement "trois pieux" - était employé dans l'Antiquité romaine pour torturer les esclaves qui désobéissaient à leur maître. Si le travail a aujourd'hui perdu son sens punitif - qu'on rattache désormais aux "travaux forcés" -, on continue néanmoins à voir en lui un labeur, qui amène de la souffrance dans l'effort. Dans cette logique, le travail, c'est ce qui nous aliène, c'est-à-dire ce qui nous rend étrangers à nous-mêmes. En ce qu'il n'amène rien mis à part de la souffrance, en ce qu'il est stérile, le travail nous ôte par-là même quelque chose de notre dignité humaine. On retrouve dans cette dimension absurde du travail la figure mythologique de Sisyphe, qui roule éternellement, à la force de ses bras, une pierre au sommet d'une colline avant qu'elle ne retombe de l'autre côté, et ainsi de suite. Ou encore aux Danaïdes, qui versent perpétuellement de l'eau dans un tonneau percé en son fond.

On dit aussi d’une femme qui accouche qu’elle travaille. C’est d’ailleurs le sens premier du terme, après son sens étymologique. Dans ce cas de figure, on retrouve la souffrance de l’effort, oui, mais c’est un effort qui fait naître la vie. La souffrance est grande, mais le travail n’est paradoxalement pas vécu comme une torture : car cette souffrance n’est pas absurde, enfermée sur elle-même, mais amène au contraire un état de choses plus grand, un épanouissement du vivant. Tout comme le paysan qui récolte le fruit après son labeur : c’est un travail devenu fertile. 🌱 

Si l’effort et la souffrance semblent être irréductibles dans le sens originel du travail (torture, punition, labeur, accouchement), on peut toutefois distinguer un travail stérile d’un travail fertile par son intention, sa finalité et son sens : dans un travail fertile, riche de sens, l’effort et la peine se légitiment en effet par une transformation – de soi, du réel – qui amène un plus grand état d’épanouissement. 😌

💼 Qu’en est-il du sens ordinaire qu’on donne actuellement au travail, le sens socio-économique, celui de l’emploi ? Ce mot a pris aujourd’hui une importance considérable dans nos vies. À tel point qu’une des premières questions qu’on se pose lorsqu’on fait connaissance, c’est « ce qu’on fait dans la vie ». Le travail-emploi nous renvoie d’une part au salaire, donc à la possibilité de subsister, de (sur)vivre, voire d’atteindre un confort financier. D’autre part, il nous permet de participer à un projet commun, à une entreprise, et par là même d’atteindre une certaine forme de réussite et de reconnaissance sociale. Mais par-delà ce constat, la question qu’on peut utilement se poser, tout particulièrement en ces temps propices à la prise de recul, c'est celle de l’intention, du sens profond de notre travail-emploi : le vit-on en effet comme une torture, comme une punition qui ne nous amène aucun épanouissement (mis à part le salaire et la reconnaissance sociale – mais peut-on dire qu’ils sont véritablement épanouissants –) ? Ou en retire-t-on au contraire du plaisir et un sentiment d’accomplissement ? Autrement dit, le faire nous fait-il mieux être ? Si cette question trouve une réponse évidente dans nos loisirs, elle reste en revanche pertinente dans notre rapport actuel au travail.

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