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Plotin (205-270)

 

Traité 1. Sur le beau (v. 260)

 

GF Flammarion, Paris, Flammarion, 2002, p. 76, pp. 77-80.
Traduction : Jérôme Laurent.

· Textes

Dans ce texte inspiré, le vieux sage nous enjoint à faire de notre vie une oeuvre d’art, en sculptant inlassablement notre statue intérieure, révélant ainsi toute la beauté et la lumière de notre être.

[...] Et, alors, pour celui qui peut le voir, quels amours s’ensuivent ! Quels désirs !

Voilà que nous devons à nouveau nous retourner vers le bien, lui que toute âme désire. Si donc quelqu’un l’a vu, il sait ce que je veux dire en parlant de sa beauté. À coup sûr, il est désirable en tant qu’il est le bien et le désir se porte vers lui ; par ailleurs la rencontre avec lui se produit pour ceux qui s’élèvent vers le haut et y retournent en se dépouillant de ce que nous revêtons lors de la descente <de notre âme>, comme pour ceux qui vont vers le lieu le plus saint des temples, il y a des purifications et l’enlèvement des vêtements qu’ils portaient, avant de monter dévêtus : quand l’un d’eux est aussi parvenu, dans l’ascension, à être pur de tout ce qui est étranger au dieu, il peut le voir seul à seul, « intact, simple » et pur, lui « dont toutes choses dépendent » et vers qui se tourne tout regard, tout être, toute vie et toute pensée ; car il est la cause de la vie, de l’intellect et de l’être — et, alors, pour celui qui peut le voir, quels amours s’ensuivent ! Quels désirs ! Pour celui qui veut se mêler à lui, comment ne pas être saisi d’un sentiment rempli de plaisir ?

[...] Pour celui qui l’a vu, il lui revient de se réjouir au sein du beau, d’être rempli d’admiration et de plaisir, d’être secoué d’un choc qui ne fait pas de mal, d’aimer selon un amour véritable et d’âpres désirs [...].

De fait, pour celui qui ne l’a pas encore vu, il est possible de désirer ce qu’il tient pour le bien, mais pour celui qui l’a vu, il lui revient de se réjouir au sein du beau, d’être rempli d’admiration et de plaisir, d’être secoué d’un choc qui ne fait pas de mal, d’aimer selon un amour véritable et d’âpres désirs, se moquant de toutes les autres amours et méprisant les beautés qu’il avait précédemment appréciées. C’est comme ce qu’éprouvent tous ceux qui ont eu l’occasion de voir les formes <corporelles> que revêtent les dieux et les démons : ils n’accueillent plus avec la même ferveur la beauté des autres corps. [...]

[...] Laisse tout cela et une fois que tu auras fermé les yeux, échange cette manière de voir pour une autre et réveille cette vision que tout le monde possède, mais dont peu font usage.​

— De quelle façon pourra-t-il donc voir ? Par quel moyen ? Comment aura-t-on la vision de cette « beauté immense » qui, en quelque sorte, demeure à l’intérieur des temples sacrés sans se risquer à l’extérieur pour que nul profane ne la voie ? [...]
— Ce n’est pas à pied qu’il te faut cheminer, parce que les pieds transportent toujours d’une région de la terre à une autre. Ne va pas non plus préparer un attelage ou un quelconque navire, mais laisse tout cela et une fois que tu auras fermé les yeux, échange cette manière de voir pour une autre et réveille cette vision que tout le monde possède, mais dont peu font usage.

Retourne en toi-même et vois. [...] Enlève le superflu, redresse ce qui est tordu et, purifiant tout ce qui est ténébreux, travaille à être resplendissant. Ne cesse de sculpter ta propre statue [...].

— Mais que voit cette vision intérieure ?
— Dès qu’elle est réveillée, elle n’est pas du tout capable de voir les objets éclatants. Il faut donc commencer par habituer l’âme elle-même à voir les « belles occupations », puis les beaux travaux, non pas ceux des techniques, mais ceux des hommes de bien comme on les appelle. Alors, elle pourra voir l’âme de ceux qui accomplissent ces « beaux travaux ».
— Comment donc pourras-tu voir la sorte de beauté que possède l’âme bonne ?
— Retourne en toi-même et vois. Et si tu ne vois pas encore ta propre beauté, fais comme le fabriquant qui doit rendre une statue belle : il enlève ceci, efface cela, polit et nettoie jusqu’à ce qu’une belle apparence se dégage de la statue ; de même pour toi, enlève le superflu, redresse ce qui est tordu et, purifiant tout ce qui est ténébreux, travaille à être resplendissant. Ne cesse de sculpter ta propre statue jusqu’à ce que brille en toi la splendeur divine de la vertu et que tu voies la tempérance qui siège sur son « auguste trône ». Si tu es devenu cela et que tu te vois dans une telle disposition, alors tu es devenu pur et il n’y a plus aucun obstacle qui s’opposerait à devenir ainsi un ; tu n’as plus dans ton rapport à toi-même un autre élément qui se mélange à toi, mais tu seras devenu alors entièrement une unique et authentique lumière ; elle n’est pas mesurée par une grandeur ou un contour qui en limiterait l’éclat en l’amoindrissant ou, au contraire, par son illimitation, en pourrait augmenter l’ampleur : elle est absolument sans mesure, comme peut l’être ce qui est plus grand que toute mesure et supérieur à toute quantité. Si tu deviens cela, tu pourras te voir. Étant devenu une vision, aie confiance en toi, car , même ici-bas, tu es dès à présent parvenu à monter et tu n’as plus besoin qu’on te montre le chemin ; le regard tendu, vois ! C’est lui, en effet, ce regard, le seul œil qui puisse voir la grandeur du beau. [...]

Qu’il soit d’abord totalement divin et totalement beau, celui qui doit contempler le dieu et la beauté.

Qu’il soit d’abord totalement divin et totalement beau, celui qui doit contempler le dieu et la beauté. [...] Ce qui est au-delà du beau, nous disons que c’est le bien qui place au-devant de lui le beau. Dès lors, si l’on se tient à une formule générale, le bien est la première beauté. [...] Sinon, on placera au même niveau le bien et le beau ; ce qui est sûr, c’est que le beau est là-bas.

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