PLATON

 

Alcibiade (vers -390)

 

SOCRATE – Maintenant, par le moyen de quelle technique pourrions-nous prendre soin de nous-mêmes ? 

ALCIBIADE – Je ne saurais dire. 

SOCRATE – Nous sommes toutefois d’accord sur ce point que ce n’est pas celle qui nous permettrait de rendre meilleur l’une quelconque des choses qui sont à nous, mais de nous rendre meilleurs nous-mêmes ? 

ALCIBIADE – Tu dis vrai. 

SOCRATE – Mais aurions-nous pu savoir quelle technique améliore la chaussure sans savoir ce qu’est une chaussure ? 

ALCIBIADE – C’est impossible. 

SOCRATE – Ni quelle technique améliore les bagues en ignorant ce qu’est une bague ? 

ALCIBIADE – C’est vrai.

SOCRATE – Mettons. La technique qui permet de s’améliorer soi-même, pourrions-nous la connaître sans savoir ce que nous sommes nous-mêmes ?

ALCIBIADE – Impossible.

SOCRATE – Seulement, est-ce une chose facile que de se connaître soi-même, et est-ce un insouciant qui a mis cette inscription au temple de Delphes, ou bien est-ce une tâche difficile qui n’est pas à la portée de tous ?

ALCIBIADE – Moi, Socrate, j’ai souvent pensé qu’elle était à la portée de tous, mais souvent aussi très difficile.

SOCRATE – Mais qu’elle soit facile ou pas, Alcibiade, nous en sommes néanmoins là : en nous connaissant nous-mêmes, nous pourrions sans doute connaître la manière de prendre soin de nous-mêmes. Sans cela, nous ne le pourrions pas.

ALCIBIADE – C’est cela.

SOCRATE – Voyons, comment pourrait être découvert ce soi-même lui-même ? Car ainsi, nous pourrions peut-être découvrir ce que nous sommes nous-mêmes, tandis que si nous restons dans l’ignorance, cela nous sera impossible.

ALCIBIADE – Ce que tu dis est convenable.

PLATON (- 428-348), Alcibiade (- 390).

Traduction : Chantal Marboeuf & Jean-François Pradeau.

GF Flammarion, Paris, Flammarion, 1999.

[128d-129b] (p. 164-166).

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