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Marc Aurèle (121-180)
 

Pensées pour soi (v. 180)

 

GF Flammarion, Paris, Flammarion, 2018, pp. 94-96.

Traduction : Catherine Dalimier.

· Textes

Pour Marc Aurèle, empereur romain troublé par des temps de guerre, la seule voie de sagesse est de ne pas se laisser impacter par les circonstances extérieures, en s’ancrant suffisamment en soi pour y trouver les trésors nécessaires au repos et à la paix.

Nul part [...] un homme ne trouve retraite plus tranquille, plus exempte de tracas que dans son âme [...].

Les gens se retirent à la campagne, au bord de la mer, à la montagne. Toi-même, tu as coutume de rechercher plus que tout ce genre de retraite. Mais c'est la chose la plus stupide qui soit, alors qu'il t'est permis, au moment que tu veux, de te retirer en toi-même. Nulle part en effet un homme ne trouve retraite plus tranquille, plus exempte de tracas que dans son âme, surtout s'il possède les trésors intérieurs qui lui permettent, dès qu'il s'est penché sur eux, de se sentir à l'aise - par "à l'aise", je n'entends rien d'autre qu'un ordre parfait. Adonne-toi donc sans cesse à cette retraite et retrouve ainsi ta vigueur. Aie des formules brèves, élémentaires, qui suffiront aussitôt à te délivrer de tout chagrin, viatique qui te permettra de revenir sans difficultés à tes occupations.

Aie des formules brèves, élémentaires, qui suffiront aussitôt à te délivrer de tout chagrin [...].

Qu'est-ce qui te chagrine ? La méchanceté des hommes ? Pour juger, reviens à ces données : les animaux doués de raison sont nés les uns pour les autres ; se supporter les uns les autres fait partie de la justice [...]. Est-ce le lot qui t'est alloué dans l'univers qui te chagrine ? Rappelle-toi la disjonction : "C'est soit la providence, soit les atomes." Et rappelle-toi tout ce qui démontre que le monde est comme une cité. [...]

[...] Sois un homme libre, regarde la réalité comme l’être viril, l’être humain, le citoyen, l’animal mortel que tu es.

Il ne te reste plus qu'à songer à te retirer dans ce petit lopin qui est le tien. Et avant tout, sans tourment ni tension excessive, sois un homme libre, regarde la réalité comme l'être viril, l'être humain, le citoyen, l'animal mortel que tu es. Mais parmi les choses que tu gardes sous la main, et sur lesquelles tu te pencheras, il faut ces deux pensées : d'abord que les faits réels ne touchent pas l'âme, ils restent extérieurs, immobiles. Les difficultés viennent seulement de l'opinion intérieure qu'on en a. Ensuite : que toutes les choses que tu vois, si ce n'est déjà fait, se changeront et ne seront plus.

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