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Aristote (384-322 av. J-C)

 

Éthique à Nicomaque (v. 350 av. J-C)

 

Paris, Vrin, 2007, [1103b-1104a], pp.94-95, p. 98.
Traduction : Jules Tricot.

· Textes

C’est à son fils Nicomaque qu’Aristote transmet ces conseils pour une vie bonne : s’exercer quotidiennement aux vertus qu’on souhaite développer pour devenir effectivement vertueux, puis cultiver la juste mesure dans l’action pour ne pas perdre par excès ou défaut la vertu développée.

C’est en construisant qu’on devient constructeur, et en jouant de la cithare qu’on devient cithariste ; ainsi, c’est encore en pratiquant les actions justes que nous devenons justes, les actions modérées que nous devenons modérés, et les actions courageuses que nous devenons courageux.

Pour tout ce qui survient en nous par nature, nous le recevons d’abord à l’état de puissance, et c’est plus tard que nous le faisons passer à l’acte comme cela est manifeste dans le cas des facultés sensibles (car ce n’est pas à la suite d’une multitude d’actes de vision ou d’une multitude d’actes d’audition que nous avons acquis les sens correspondants, mais c’est l’inverse : nous avions déjà les sens quand nous en avons fait usage, et ce n’est pas après en avoir fait usage que nous les avons eus). Pour les vertus, au contraire leur possession suppose un exercice antérieur, comme c’est aussi le cas pour les autres arts. En effet, les choses qu’il faut avoir apprises pour les faire, c’est en les faisant que nous les apprenons : par exemple, c’est en construisant qu’on devient constructeur, et en jouant de la cithare qu’on devient cithariste ; ainsi, c’est encore en pratiquant les actions justes que nous devenons justes, les actions modérées que nous devenons modérés, et les actions courageuses que nous devenons courageux. Cette vérité est encore attestée par ce qui se passe dans les cités, où les législateurs rendent bons les citoyens en leur faisant contracter certaines habitudes : c’est même là le souhait de tout législateur, et s’il s’en acquitte mal, son œuvre est manquée et c’est en quoi une bonne constitution se distingue d’une mauvaise. [...]

Les dispositions morales proviennent d’actes qui leur sont semblables.

En un mot, les dispositions morales proviennent d’actes qui leur sont semblables. C’est pourquoi nous devons orienter nos activités dans un certain sens car la diversité qui les caractérise entraîne les différences correspondantes dans nos dispositions. Ce n’est donc pas une œuvre négligeable de contracter dès la plus tendre enfance telle ou telle habitude ; au contraire, c’est d’une importance majeure, disons mieux totale.

La modération et le courage se perdent également par l’excès et par le défaut, alors qu’ils se conservent par la juste mesure.

[...] Les vertus en question sont naturellement sujettes à périr à la fois par excès et par défaut, comme nous le voyons dans le cas de la vigueur corporelle et de la santé (car on est obligé pour éclaircir les choses obscures, de s’appuyer sur des preuves manifestes) : en effet, l’excès comme l’insuffisance d’exercice font perdre également la vigueur ; de même, dans le boire et le manger, une trop forte ou une trop faible quantité détruit la santé, tandis que la juste mesure la produit, l’accroît et la conserve. Et bien, il en est ainsi pour la modération, le courage et les autres vertus : car celui qui fuit devant tous les périls, qui a peur de tout et qui ne sait rien supporter devient un lâche, tout comme celui qui n’a peur de rien et va au devant de n’importe quel danger, devient téméraire ; de même encore, celui qui se livre à tous les plaisirs et ne se refuse à aucun devient un homme dissolu, tout comme celui qui se prive de tous les plaisirs comme un rustre, devient une sorte d’être insensible. Ainsi donc, la modération et le courage se perdent également par l’excès et par le défaut, alors qu’ils se conservent par la juste mesure.

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